
La Pioche, by Dorothy-Shoes
Économie Sociale et Solidaire. Le nouveau truc à la mode. Vous savez, cette frange de l’économie qui regroupe les mutuelles, les coopératives, le commerce équitable, la production biologique, etc. Économie sociale et solidaire.
Faisons, comme souvent, appel à l’objectivité lexicale plutôt qu’au flou des acceptions figurées.
Économie : ensemble des activités d’une collectivité humaine relatives à la production, à la distribution et à la consommation des richesses.
Social(e) : qui se soucie des conditions matérielles des travailleurs, voire de l’amélioration d’icelles.
Solidaire : lié à autrui par une responsabilité commune.
L’économie sociale et solidaire se soucierait donc des êtres humains, travailleurs et consommateurs, liés par une responsabilité commune autour des richesses produites par la collectivité.
Magnifique ! Extraordinaire ! Alléluia !
Et tous de se réjouir, de se vautrer dans une allégresse extatique, on débouche le champagne bio, les bouteilles vides dans le bac bleu, on est sauvés !
« Ben quoi, Erwan ? Tu ne trinques pas avec nous ? Pourquoi tu fais la gueule ? »
Parce que…
Parce que si est née une Économie Sociale et Solidaire, c’est qu’il existe une économie NON sociale et NON solidaire. Qui, étrangement, ne porte pas ce nom… Elle s’appelle juste « économie ». Il y a l’économie tout court et, à côté, l’économie sociale et solidaire. Il existe une économie qui se soucie de l’humain et une, donc, qui s’en fiche. C’est logique, non ? Si l’ « économie tout court » se souciait de l’humain, l’économie sociale et solidaire n’aurait aucune raison d’exister.
Et je fais partie de ceux qui pensent que toute économie (cf. la définition ci-dessus) devrait être sociale et solidaire. Partant, j’exige (hé oui…) que l’ « économie tout court », puisque, dans sa grande magnanimité (et dans ses manuels scolaires, et dans les médias qui propagent la bonne parole), elle tolère l’existence de l’Economie Sociale et Solidaire, prennent désormais son vrai nom : économie non sociale et non solidaire.
Qu’on sache bien que cette économie, celle qui fait de nous des abrutis tous joyeux à l’idée de travailler plus pour gagner plus, ne se soucie ni des « conditions matérielles des travailleurs », encore moins de leur « amélioration » ; qu’on sache bien que cette économie se moque bien d’une quelconque « responsabilité commune », encore moins de ne pas desservir ses voisins, encore moins de leur porter assistance, autres valeurs portées par la solidarité.
Cette économie NON sociale et NON solidaire délocalise, pollue, accidente au travail, pressure les fournisseurs et essore les clients – en douceur pour ces derniers.
Pour faire taire les quelques voix discordantes qui s’élevaient de ci de là, l’économie NON sociale et NON solidaire a ouvert une nouvelle attraction dans son parc de loisirs et de consommation géant, l’économie sociale et solidaire. Ainsi, on peut trouver de la nourriture biologique ou des vêtements issus du commerce équitable dans les hypermarchés qui exploitent leur personnel et les petits producteurs ; ainsi, les pétroliers, les fabricants de voitures, d’énergie nucléaire surfent sur la vague du développement durable, du vert, du renouvelable, du recyclable.
Même notre chef de l’Etat – bientôt chef de plus grand chose puisqu’il veut faire disparaître l’Etat (on verra alors le roi nu : chef de lobby, celui de l’économie NON sociale et NON solidaire) – travaille cyniquement son image en convoquant du Grenelle de l’environnement en veux-tu en voilà, sans bien entendu inviter les organisations les plus représentatives, je vous renvoie au site des casseurs de pubs.
Voilà, c’est malin, je suis tout énervé maintenant. Je vais prendre une coupe de champagne bio finalement…

Hum… Le champagne bio c’est souvent dégueulasse… Le bio c’est la mort du pif, mais bon.
Par ailleurs, d’accord avec toi sur l’ESS, que je chéris comme toi, mais quand je vois la création d’un Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, présidé par mon ami Jean Marc Borello, ça ne ma va pas. Ce que je voudrais, c’est Jean Marc Borello siégeant au MEDEF, le vrai changement c’est ça, quand ces groupes là seront solidaires. Parce qu’on nous fait chier avec les 100 millions que la grève à coûté à Total, le même jour on apprend que le pétrolier a becqueté 2,5 milliards de bénéfs pour le seul 3ème trimestre…
Bon, il est un peu tôt, mais ça me donne envie de bières tout ça…
Et une bière pour le Castor, une !
(Because I agree !)