La bienveillance de Dorothy-Shoes fait des miracles...

Je ne laisse pas de m’étonner de la variété des comportements sur Internet en général, et les blogs en particulier.
Certains blogueurs fonctionnent ainsi en circuit fermé, dans un « entre-nous » confortable tapissé de privates jokes, de surnoms affectueux et de compliments croisés ; l’étranger y est plus ou moins toléré, souvent ignoré, parce que sur la plupart de ces blogs il est moins question de partage que de monologues, moins question d’échanges que d’ego, ceci dit sans préjuger de la qualité des contenus, quelque fois remarquable. Chaque individu du groupe se retrouve chez les autres, dialoguant du coup toujours avec les mêmes mais en des lieux différents, sans doute ce que l’on considère comme du dépaysement dans le monde virtuel.
Comme dans toute tribu, on croise des profils divers, de la grande gueule au rigolo de service, du timide au flagorneur, du quêteur de reconnaissance au bougon passéiste. Chacun joue son rôle, avec talent parfois, mais Dieu que cela manque de curiosité et d’ouverture !, à moins d’entrer dans le jeu, de faire allégeance. Pierre Bourdieu se serait régalé à étudier ce champ-là – même si on peut aisément y transposer ses analyses du champ littéraire par exemple.
Sur Facebook aussi on trouve matière à études comportementales. Je suis en ce moment fasciné par un des auteurs-qui-comptent de la rentrée littéraire, dont je suis un peu imprudemment devenu l’ami, parce que j’aime bien son blog. Il publie environ 6 commentaires à l’heure sur son profil, et c’est peu dire qu’ils ne sont pas tous passionnants… Que cachent cette frénésie, cette boulimie ? Prouver qu’il est en vie ? Envié ? Besoin d’amour ? S’ennuie-t-il en vacances ? Pas mon problème mais le sien après tout (mais quand trouve-t-il le temps d’écrire ?) ; le consternant, c’est plutôt  la piétaille qui s’extasie d’un « oh oui, il fait chaud ! » quand le Maître poste : « Je viens de me servir un verre », tout ce plancton insignifiant que j’en viendrais, si je n’était pas de gauche, à mépriser de s’abaisser ainsi à vouloir exister  dans le regard du Maître, même si pour ce faire il faut commenter le moindre de ses rots numériques, relayer les photos ineptes de ses pieds dans des tongs, c’est difficile  de vivre sans Dieu dans un monde désanchanté on dirait…

Voilà, je me suis encore laissé emporter parce qu’en fait, je voulais parler des belles rencontres, de Bertrand et Vincent, de l’ogre Nicolaï et du Chabossot barbu, de Christophe et Marc qui me font si gentiment de la pub avant même d’avoir lu, des deux discrets à la fine plume, Philippe et Didier, de l’attachant petit marxiste inconnu… Je voulais remercier les fidèles qui passent par ici, qu’ils laissent des traces ou n’osent pas (pourquoi ?), remercier les bienveillants, qu’ils soient d’accord avec moi ou non, aiment ou pas mon travail, parce que c’est de cela dont nous manquons aujourd’hui, de bienveillance, pensez-y.
Pour terminer, la définition d’ « égrégore », afin que vous compreniez bien l’esprit de mon blog en particulier, et de mon travail en général :

« Un égrégore est un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. » (Wikipédia)

  12 Responses to “Sociologie de comptoir numérique et remerciements réels”

  1.  » La perversion de la Cité commence par la fraude des mots » écrit Platon… Or, il semble que les mots sont essentiellement opaques et – heureusement pour nous tous – qu’ils permettent ainsi l’expression de nos volontés, de nos jugements, de nos intentions claires, de nos dévoiements, de nos débordements, de nos lubies, de tout ce qu’en nous nous ignorons etc… Le danger majeur donc : une Cité pure, transparente qui s »automirerait » dans un langage d’acier, univoque, imperméable, … Le langage ou l’art heureux de toutes les fuites … Bien à vous.

    • Si effectivement le langage doit rester un matériau malléable qui permette à chacun de dire le monde à sa façon – vous l’avez fort joliment exprimé -, il me semble que lorsqu’il s’agit des affaires de la Cité, du politique donc, là le discours doit être clair et univoque, la parole donnée tenue, les promesses ne pas engager que ceux qui les croient. Cocteau peut être un « beau mensonge qui dit toujours la vérité » (moi qui n’aime pas l’univers de Jeannot les belles bouclettes, voilà deux fois que je le cite en quelques jours…), pas Sarkozy, pas DSK, pas mon député.
      (…et merci d’être venu !)

  2. Sans quel catégorie classes-tu ton blog?

  3. Ah enfin quelqu’un que ça énerve aussi, cette flagornerie qu’on croyait définitivement enterrée depuis la chute de la monarchie (euh… depuis la chute de la monarchie… je m’emporte là).
    Mais c’est vrai que c’est énervant ! L’autre jour, un auteur relativement connu : « auteur » va à la piscine… et aussitôt le petit pouce dressé qui apparaît avec le compteur qui s’affole ! Non mais franchement !
    Bon je vais me calmer….

    Merci pour la citation ! :)

  4. salut R1, ben écoute je t’en prie mon vieux. Je ne viens plus trop commenter chez toi, avec Billy Lo on s’est dit que ça devenait sérieux, ton blog étant celui à ton nom d’auteur officiel, on ne voulait pas non plus te foutre la honte. Au début on pensait que t’allais ouvrir un autre blog officiel, donc voilà pourquoi on déconnait. Enfin moi je continue à venir lire.
    J’en profite pour te souhaiter bonne chance pour la parution de ton livre, je te souhaite aussi plein de bonnes choses et pas trop de livres pilonnés…

    • Stoni, sache que je n’ai pas honte de mes amis, fussent-ils virtuels, et que « auteur officiel », « blog officiel », tout ça me passe bien au-dessus de la tête, laissons ceux qui se prennent au sérieux à à St Germain, où ils finiront par mourir, comme tout le monde, ce même tout le monde bienvenu ici tant que les échanges sont respectueux.
      …et merci.

  5. « parce que sur la plupart de ces blogs il est moins question de partage que de monologues »

    il n’y a pas de quoi s’étonner, l’immense majorité des langages sont constitués de monologues et ce que vous appelez « partage » ou « dialogue » n’est en réalité qu’une série de monologues mal observés et qualifiés ainsi par distraction.
    il n’y a que le fait poétique pour créer ce qu’on peut éventuellement nommer « dialogue » ou « partage »; ailleurs les langages de babel assurent une certaine pérennité de la cacophonie^^..

    • Je vous trouve trop tranché, si vous permettez, même si je décèle une implacable fraction de réalité derrière vos paroles. Le « fait poétique » n’a pas, tant s’en faut, le monopole du dialogue et du partage, l’aboli bibelot d’inanité sonore de Stéphane ne me contredira pas.

  6. C’est vrai que le net des blogs est un immense comptoir aux vanités ..Je trouve ce phénomène assez triste . Jeux de rôles et autres mascarades qui font rire franchement parfois , et la vie , elle devient quoi dans tout ça ?

    • …je suis là à vous répondre et tout à coup effectivement me prend l’envie de vivre. Je file, merci d’être passée !

  7. puisque vous le dites..^^

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