J’ai déjà abordé sur ces pages le rapport entre ratéité et aigreur, la possible dégénérescence de l’une en l’autre à mesure que s’effiloche aux aspérités des refus l’espoir pour l’auteur raté d’être publié.
Désireux de repousser le plus possible un possible virage vinaigre de mon allant littéraire, j’ai acheté voici quelques jours deux ouvrages parus au Diable Vauvert, éditeur qui m’a pourtant refusé deux manuscrits. Point de boycott, donc, j’ai l’esprit large, je suis un mec bien, et en route pour « Comment devenir un Dieu vivant » de Julien Blanc-Gras et « Tourville » d’Alex D. Jestaire.
J’ai commencé par le premier, moins dense (le Jestaire fait 777 pages !), au titre prometteur pour l’auteur raté en quête de ficelles.
Disons-le tout net : c’est nul. M. Blanc-Gras n’écrit pas mal mais c’est pire : il a la plume facile. Comme Nicolas Rey par exemple, qui gâche son potentiel à coup d’insipides « Vallauris plage » ou encore leur maître à tous, Frédéric Beigbeder, le plus grand imposteur de la « littérature » actuelle. Dans « Comment devenir un Dieu vivant », les personnages sont à peine esquissés, l’intrigue aussi épaisse qu’un scénario de Luc Besson et aussi palpitante qu’un film de Fabien Otoniente, tout est bâclé, vide, creux, et les quelques fulgurances stylistiques de l’auteur n’y changent rien, on s’emmerde.
Plutôt que de me refaire un moral avec une valeur sûre, je décidai hardiment de m’attaquer à Tourville, « le gonzo reportage de la fin du monde » annonce la quatrième de couverture, ajoutant : « une enquête surréaliste filmée à la manière secouée d’un Blair Witch monté par David Lynch ». A priori pas ma came donc.
Je vous épargne le suspens : j’ai adoré.
J’ai du mal à écrire ces mots, non pas que je sois le genre qui éprouve des difficultés à reconnaître ses erreurs mais, je crois, parce que ce livre ne colle pas à l’idée que je me fais de la littérature, à savoir un singulier, lesté de ce « dur désir de durer » qu’exigeait Eluard, qui dit de l’universel. Jestaire a bousculé cette vision avec son écriture foutraque, son héros hilarant d’être à ce point décalé, son intrigue foisonnante qui parvient à tenir le lecteur en haleine – bien que ledit lecteur se doute que de réponse à toutes les questions il n’aura point une fois refermé le pavé. Oui il y a du Céline dans ce bouquin jubilatoire, dommage qu’on y trouve trop de références qui le datent, voire le périment parfois tant on a vite oublié les célébrités d’un jour auquel l’auteur fait (trop) souvent allusion. Un vrai tour de force, bravo M. Jestaire – je peux vous appeler Alex ? Vraiment, entre Jonathan Littell et vous (dans mon ordre de lecture), M. Blanc-Gras a fait bien pâle figure.

Merci mille fois l’aminche
Merci pour ces mots doux qui me vont droit au coeur, d’autant que globalement, « Tourville » n’a pas emballé beaucoup de monde. En ce qui concerne les nombreuses références dans le livre, je dirai qu’à mon sens elle ont peu d’importance – l’important c’est qu’on sente que Jean-Louis vit sous perfusion de références culturelles, quelles qu’elles soient. Je ne ferai pas de commentaire sur mon comparse Julien Blanc-Gras, qui par ailleurs est un mec sympa. Je répertorie tout de suite ton article dans la revue de presse de Télétourville. Des bisous.
Kom with us…
Allez, tiens, prends les clefs de l’appart de la fin du monde et rejoins-nous… On n’a pas réussi à torturer JBG car son insouciance primesautière le rend glissant comme comme un congre, mais avec des krevards de ta trempe, qui prennent le destin à pleine main et en font un blog, on devrait pouvoir carnager jusqu’à Marc levy!
Rejoins-nous donc, y’a la teuf dans le salon de l’appart sur TéléTourville, et il reste plein de Curly (bizarrement c’est pas assez cher pour que les gens les piquent dans un supermarché sans surveillance).
En plus entre un auteur raté et une divinité déchue on devrait bien s’entendre….
Kome…
Kome…
Bah de rien…
C’est gentil les gars d’être venus de Tourville à pinces pour m’écrire des mots amicaux.
Merci tlatloc pour l’invit’ dans l’appart’, mais quand je me dope, c’est à la tisane ou, les jours de fête, au jus d’orange alors je risque de dénoter un peu; par contre, pour ce qui est de carnager jusqu’à Marc Levy, si tu peux me promettre qu’on inclut Florian Zeller…
Et puis quelle fierté d’être dans la RP de Télétourville! Du coup, je me sens un peu plus auteur et un peu moins raté.
Au plaisir, mates !