
Un bon autodafé, ça me calmerait...
Je ne sais quelle attitude adopter.
Entendons-nous bien : je suis tout à fait capable d’enfanter moi-même une attitude, qui serait mon attitude. Sauf que quelle serait-elle ?
Celle du lecteur lambda, à qui l’on litanise à longueur d’articles depuis quelques jours les mêmes vingt « poids lourds » et « bonnes surprises » d’une rentrée littéraire dont je comprends mieux pourquoi je l’ai fuie jusqu’ici? Ou celle du primo romancier faussement stoïque dont le travail sera rendu public dans une semaine, et qui a la faiblesse de quand même regarder si par hasard son nom ne serait pas quelque part, ailleurs qu’entre les lignes – autant dire nulle part ?
Non, vraiment, je ne sais quelle attitude adopter… Je lis beaucoup, depuis longtemps, mais sans trop me soucier de ce qu’il faut lire. En piochant à droite à gauche, site, journaux, magazines, revues, certes, un peu, mais surtout longues flâneries devant rayonnages, à scruter les titres, à lire les quatrièmes de couvertures, à attraper au hasard d’une page quelques phrases.
D’habitude, je m’en fous, donc, de leur « rentrée littéraire » puisque je ne fréquente aucun des médias qui en font leur beurre de marronnier.
Et la découvrant, la scrutant, la dépiautant, frénétique, ça me donne envie de hurler, de trouver le tuyau unique qui les alimente tous, les médias; à moins qu’ils ne soient pas plusieurs, qu’ils portent des noms et des couleurs différents pour mieux nous tromper mais ne soient qu’un seul canal par lequel se déverserait partout les vingt noms des bienheureux, les vingt noms des élus, les vingt noms des « incontournables ».
Et là je vais commencer à m’énerver, ils sont plus de 700 et on n’en voit que 20 pour paraphraser le Grand Jacques, c’est un scandale, commencer à m’énerver donc sauf que je n’ai pas le droit, je suis en conflit d’intérêt aussi sûrement qu’un journaliste du Figaro enquêtant à Corbeil-Essonne. Oui, si je m’énerve, cela devient de la jalousie. Je jalouse mes ennemis, mes concurrents, car on parle de leurs romans et pas du mien.
Alors il me faudrait me taire, chut, pas un mot sur la rentrée littéraire, Larher ? Ou seulement parler de mes angoisses à une semaine de la sortie ?
Car c’est bien de cela dont il s’agit in fine : d’angoisse, pas de jalousie. Un truc irrationnel, incompréhensible, je n’aurais jamais cru être perméable à ces ressentis de chiffes molles. Angoissé, moi ? Si tu veux le répéter, j’espère que tu cours vite ! Je sais : le premier roman face aux poids lourds, la petite maison d’édition face aux mastodontes, les copains, les réseaux… et puis le talent, ne pas oublier le talent, dont j’ai eu un petit aperçu en feuilletant le Claro (CosmoZ) et le Ferrari (Où j’ai laissé mon âme), achetés hier. Je sais, je sais, et de plus, franchement, comme me le rappelait opportunément la merveille de femme qui partage mon appartement en constatant que je buvais le produit vaisselle à la bouteille en feuilletant le numéro spécial des Inrocks (avec un poids lourd américain en couverture et pas moi dedans), je suis publié, et même si ce n’est pour moi pas une fin en soi (c’est expliqué ailleurs dans ce blog, cherchez !), c’est un bon début (il suffit de traîner chez Wrath pour s’en convaincre).
J’ai recraché le liquide vaisselle, remis la corde autour de la poulie du puits, rendu son flingue à Renaud et me suis penché sur cet ego que je croyais quand même bien amaigri depuis le temps que je le mets au régime sec. Mais il faut croire que ces engeances-là, ça pioche dans les placards à vanité dès qu’on tourne le dos. Faut toujours avoir l’œil dessus.
Allez, c’est décidé, j’adopte une attitude modeste, humble : la rentrée littéraire 2010, c’est 700 romans.
Plus le mien.

Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous, Larher !
(ou contre votre livre)
Je dirais bien que la période est idéale pour lire des classiques, qu’il sera tjs temps de en 2011 de lire la Rentrée 2010… Mais bon, ça n’est pas très humain, ça, au fond tu as raison, l’important est de tenir sa ligne – à naviguer à vue on finit lessivé.
Et finalement, je trouve que tu as la ligne. 700 + 1 = 702, allez hop.
(ps – « beurre de marronnier, je valide^)
Je n’ai pas tout compris… Toi d’habitude si clair, si précis ! Tu t’es mis au roumain ?
… et au bulgare, donc j’écris en yaourt.
Mais on me dit que j’aurai très bientôt l’occasion de clarifier mon propos, alors…^
Possible, possible…
La rentrée, c’est 700 livres X 1500 exemplaires (en moyenne), soit prêt de 1 M de livres… Soit des hectares d’arbres abattues…
Tout çà pour satisfaire l’égo de 700 auteurs dont (la plupart du temps) le seul talent d’ergoter dans les cafés branchés de Paris…
Mais n’ayons crainte, tout cela fini au même endroit (sauf quelques succès commerciaux type Notomb ou autre): à la benne (donc beaucoup de bruit pour rien).
On pourrait les expédier dans les pays francophones en grande difficultés – comme livre scolaire?
Oui, tous ces arbres abattus, sans compter la pollution pour les acheminer dans des librairies qui s’éclairent au nucléaire, où ils seront achetés, ou pas, par des individus vêtus « made in China »…
Tout ça pour un peu ergoter, mais dans les cafés branchés de Tours en ce qui me concerne, sorte d’oxymoron à y bien penser, mais aussi, une fois l’ego repu, ou avant, ou en même temps, pour « donner à… », lisez si vous en avez le temps et l’envie les posts qui parlent sur ce blog du « pourquoi j’écris », ou lisez le Discours de Stockholm de Camus, il a tout écrit bien mieux que moi.
Cette personne qui partage votre appartement à parfaitement raison. Et puis la couverture presse n’est pas un signe valable, même « le monde » aujourd’hui n’est plus prescripteur ! Tous les journaux parlent des 20 mêmes, par fainéantise et par panurgisme, personne n’est dupe et finalement tout le monde s’en fout un peu. Votre roman va commencer tranquillement sa petite vie (et longue vie : merci le net !) et s’il ya de vraies critiques à entendre, elles viendront plus des blogs littéraires, en un mot : des gens qui lisent vraiment !
(je ne mets pas de LOL, pas de ptdr, c’est superflu entre nous).
Dites-moi, Chab, c’est la barbe qui fait la sagesse où l’inverse ou le contraire ?
Vous êtes beau comme un oracle !