
Chez Georges
Hier, fausse joie.
Georges me héle depuis le trottoir en face. Georges est le patron de « La Cuisine de Georges », épicerie, vente de meubles et cantine le midi. Il est également notre fournisseur officiel de riz au lait, mousse au chocolat et crème caramel beurre salé, qu’il prépare divinement.
Comme le vélo du facteur reposait contre sa vitrine, j’ai immédiatement pensé qu’ILS étaient arrivés – oui, Georges sait qu’on dort en général jusqu’à au moins midi et il nous prend, de son propre chef, les plis et paquets qui ne rentrent pas dans la boîte afin que le facteur ne nous réveille pas en sonnant.
Mais non, ILS ne sont pas là, Georges voulait me parler de l’orage qui fait parfois tourner le lait (avec des conséquences sur certains de ses desserts), une histoire ahurissante à laquelle je crois à peine, demande à tous les poissonniers me rétorque Georges, la conversation devient surréaliste.
Voyant réapparaître le facteur, je lui demande s’il est déjà passé de l’autre côté de la rue, oui, pas de paquet, mais peut-être la tournée voiture, et à ces mots surgit le véhicule jaune, qui se gare juste en face.
Georges plaisante avec le préposé aux encombrants, qui a cinq énormes colis à livrer. Un truc qui ressemble à du stress m’oppresse légèrement, faut que je bouge.

"Je traverse (...) la petite esplanade"
Je traverse la rue, la petite esplanade située devant l’église Notre Dame La Riche et pousse la grille du jardin pour rentrer à la maison. Je prends le courrier, effectivement, ILS ne sont pas là.
« Hé, attendez ! »
Le facteur motorisé me fait un grand signe de la main, une enveloppe blanche à bulles dans la main, il en a terminé avec ses cinq colis géants.
« J’ai ça pour vous. »
Je me suis promis de ne pas m’évanouir alors je souris.
Ça vient bien d’un éditeur.
Mais qui n’est pas le mien.
Éditions du Rouergue.
Du boulot pour mon amoureuse.
J’attendais autre chose.
« Peut-être demain… » me lance l’homme en bleu et jaune.
Demain, c’est aujourd’hui, aussi étrange que cela paraisse.
J’entends dix coups sonner à l’église et décide courageusement de me lever.
Tête dans le cul et lunettes de soleil sur le nez (donc lunettes de soleil dans le cul?…), je descends à la boulangerie et choisis fort stratégiquement de passer devant la boite aux lettres, même si ce trajet me rallonge d’une cinquantaine de pas (au réveil, ça compte.)
Je n’ai pas trop d’espoir : vu l’heure, le courrier a été distribué. Et pas de coup de sonnette, donc pas de pli encombrant, donc ILS ne sont toujours pas là et je me maudis de ne pas être moi-même allé LES chercher à Paris jeudi, mais non, ne te déplace pas pour rien, je te jure, si je LES poste aujourd’hui ça arrivera demain, tu parles, on est déjà après-demain et maintenant faut que j’attende lundi.
J’ouvre la boite et je vois immédiatement le tampon, vu la taille de l’enveloppe ILS ne sont pas plusieurs mais quand même.
IL est là.

On ne voit pas les plantes, ça doit être l'hiver...
Désemparé, je sors sans ouvrir le pli et marche mécaniquement vers la boulangerie.
IL est là, dans ma main, dans l’enveloppe, mais je ne peux pas l’ouvrir comme ça, dans la rue, il faut un cérémonial, une musique religieuse, peut-être bien des journalistes aussi, mon amoureuse m’a dit (« ordonné » pour être précis…) de la réveiller s’ILS arrivaient mais elle a quand même passé la semaine en prison, je dois la laisser se reposer, et puis ILS est tout seul et moi tout ensommeillé encore, tellement que je manque de heurter Pat’, mon caviste, sorti arroser ses plantes avec une bouilloire électrique, il me demande ce que je tiens à la main, ça ne me viendrait jamais à l’esprit de demander à quelqu’un qui tient une enveloppe à la main ce qu’il tient à la main, il a dû sentir que c’était important, beaucoup de cavistes ont de l’intuition.
« Je vais à la boulangerie. Je te ramène quelque chose, Patrick ? »
Non, il ne veut rien, c’est gentil, alors moi j’y vais, j’achète deux baguettes et deux pains au chocolat et je reviens. Je pose l’enveloppe, je fais chauffer de l’eau, je ne sais pas quoi faire, je reprends l’enveloppe, la repose, vais faire la vaisselle, verse l’eau sur le thé, bon, c’est trop con, je repasse au salon et je décachète lentement, « easy open » est-il inscrit sur le rabat.
IL est là, pelliculage mat, bel objet.
Et moi je pleure.
Le livre en main, je pousse la porte de la chambre et m’allonge près de mon amoureuse.

En toute simplicité...

"L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections." (Marcel Aymé)

"On est orgueilleux par nature, modeste par nécessité." (Pierre Reverdy)

ben voilà !
alors y’a pas trop de coquilles ?
la bio est très bien quand elle fait deux lignes n’est-ce pas.
Ce que je conclus de la présentation du roman en 4ème de couverture, c’est que tu as écrit un magnifique manuel de survie pour les surplus démographiques (comme nous tous). j’en ai marre d’avoir toujours raison…
PS : lukacs : lool.
t’as vraiment lu ce truc en entier ? (lukacs, pas ton roman)
bon les exemplaires d’auteur, faut que tu saoules ton éditeur, là. avec un seul pauv’ bouquin tu vas pas aller loin.
Première coquille trouvée page 53, un « ? » à la place d’un « . »
Ça m’a déprimé, j’ai arrêté de lire… (bon, je connais l’histoire faut dire…)
Content que le clin d’œil à Lukacs t’ait fait rire. Et oui, je l’ai certainement lu dans mes estudiantines années, qui commencent à dater, d’avant ta naissance peut-être même! Honnêtement, je ne m’en souviens pas, comme de 98% des livres que je lis ou des films que je vois; je peux relire tous mes polars sans problème, je ne sais plus qui est l’assassin à peine le livre refermé !
Ce qui est bizarre c’est que tu n’aies pas eu un B.A.T. à valider ? ça aurait évité les coquilles (mais ça t’aurait couté un peu de fric). ton éditeur avait sûrement le feu au cul pour envoyer ses exemplaires en service de presse et aux festivals avant les vacances d’été. ce n’est pas professionnel et la prochaine fois ça ne doit pas se reproduire (ne pas te faire valider de BAT, pas envoyer des services de presse). encore un mec qui patine dans la semoule. putain y’a que ça.
bon, un » ? » ça va. il y a des gens qui ont découvert un livre réécrit à la première personne au lieu de la troisième… rien n’est impossible car tout est possible.
comme je te plains d’avoir lu Lukacs à la fac. comme je te plains d’avoir fait la fac.
au fait, revenons aux questions essentielles : comment tu prononces Lukacs ?
J’ai validé plein de BAT, pas de problème, j’avais même une correctrice professionnelle absolument géniale.
C’est juste une phrase que j’ai changée au dernier moment et par téléphone avant l’envoi chez l’imprimeur et voilà, j’ai fait confiance à la fille des éditions pour relire, bon, pas trop grave, je ne peux m’en prendre qu’à moi…
J’ai pas fait la fac et Loukatche, je l’ai lu par simple curiosité intellectuelle – c’est pas ma faute, j’avais pas la télé…
Bon, quand même, je voudrais bien lire ta prose. Je jure sur la tête de Marie-George que ton anonymat sera préservé.
Eh moi j’ai lu prolégomènes à l’ontologie de l’être social en entier.
Comment j’ai morflé !!
Putain Billy moi aussi je l’ai lu. Ce machin où il met 400 pages pour te dire que le travail doit être remis sur le devant de la scène, et où il patine complètement dans la semoule sur la généricité !
Tout ça pour qu’après le bonhomme nous ait saoulé avec Reich.
Bref.
R1, pourquoi diable parles-tu de « pleins » de BAT ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Oui c’est un peu ta faute si tu as fait des changements au dernier moment. Enfin ton éditeur aurait du t’expliquer le fonctionnement, le principe, d’un BAT…
Et logiquement il n’aurait pas dû accepter ta modif de dernière minute. On est pas à la foire à la saucisse. D’ailleurs t’aurais dû payer du fric pour ça. Là, pour une fois, je dois prendre le parti de l’éditeur. et oui ça m’arrive de temsp en temps . Tu peux pas travailler sérieusement avec un mec qui revient sans cesse sur le BAT.
Quant à mes bouquins, vois-ça comme un jeu. Un jour tu tomberas dessus par hasard et tu me reconnaitras peut-être.
Stoni, Stoni, Stoni… Comme il existe un comique de répétition, on trouve également un comique d’exagération. Ayant moi-même signé quelques milliards (comique d’exagération) de BAT de livrets de CDs, ou de publicités presse, ou d’affiches de concert, je connaissais très bien la signification de cet acronyme (comique d’intellectualisation). En fait, j’ai fait deux-trois modifs’ de dernière minute car mon éditeur me l’a autorisé mais à mes risques et périls – à savoir que du coup c’est lui qui relisait et pas moi.
J’ai joué, j’ai perdu.
Du coup, je n’ai plus envie de jouer donc pour tes bouquins, c’est mort…
Et si vous échangiez un « Qu’avez-vous fait de moi ? » dédicacé contre un bouquin de Stoni ?… Ce serait un bon deal (de toute façon on va bien finir par le retrouver ton bouquin, avec ton style à la pelleteuse collectiviste et ta date de naissance en 1983 ; et quand on t’aura retrouvé, on te grillera sur toute la place parisienne parce que t’as dit du mal de Reich, ‘foiré.)
Bah vous manquerez pas grand chose je vous jure !!!
Désolé R1 mais j’avais oublié que tu avais travaillé dans la musique.
Ce qui est bien c’est que t’as pas changé un truc trop grave.
Ah oui où et quand j’ai du mal de Reich ?
Alain, si tu trouves, fais-moi signe !
Bel objet, en effet. Dommage que la photo ne soit pas plus importante, mais je suppose que c’est dû au forma de l’éditeur. En tout cas, ça a l’air bien tranquille, du côté de chez vous (Tours, je crois ?), comme dans Wystéria Lane (réference !), avec les petits commerçants, le facteur véliporté, les maisons à colombages, le caviste intuitif et surtout, surtout, l’esplanade de la petite église Notre-Dame-la-Riche qu’il vous faut traverser pour arriver à votre maison. Un vrai paradis pour nous autres parisiens dans la grisaille, je vous assure. Je suis sûr que pour vous, chaque jour en rentrant chez vous, « le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ».
Oui, je me suis battu pour que la photo soit plus grande et n’ai eu que partiellement gain de cause… Mais oui, je trouve l’objet à mon goût, pelliculage mat du plus bel effet (j’avais émis l’hypothèse d’un vernis sélectif sur la photo mais on verra pour la 5ème édition, après 20’000 exemplaires vendus…)
Je ne connais pas Wysteria Lane, même s’il me semble que c’est dans Desperate Housewifes. Mais je n’ai pas vraiment la télé (elle est dans une armoire et ne sort que pour quelques retransmissions sportives de loin en loin…) Par contre, point de chambre jaune chez nous même si notre cadre de vie est idéal (au centre d’une ville qui bouge bien et à 55 minutes de Paris.)
Ceci, cher Erwan :
1. Je vais m’empresser d’acquérir puis de lire votre livre.
2. Je soutiens Georges.
Merci, cher Christophe.
1. Empressez-vous lentement, vous avez jusqu’au 26 août pour atteindre la librairie la plus proche, ce qui vous laisse le temps de venir à Tours à pied je pense pour avoir une belle dédicace.
2. Vous êtes un saint.
Georges ?… Lukacs ou l’épicier fin ?
(Oui, un saint, remarquez c’était la moindre des choses pour un commentaire posté le jour de la Fête des Mammaires.)
Plus sérieusement, j’ai beaucoup apprécié la manière (et la méthode) employée pour déboucher enfin sur l’arrivée de votre livre. J’entends ici et là certains auteurs, à propos de la publication de leur ouvrage, dire : « C’est mon bébé. J’ai enfin accouché. » Quelle connerie ! Relisant votre note, s’il fallait « à tout prix » personnaliser un livre, je dirais plutôt que vous l’avez assimilé au retour d’un frère, par exemple après une longue absence due à un voyage fabuleux.
Merci, Chr. Ça me touche beaucoup.
Episode 9 : l’œil de Moscou, ou comment rechercher le bouquin d’un petit communiste dans un grand paradis de la consommation culturelle.
Comme il ne se passe pas grand chose en ce moment sur vos blogs, et que je n’en ai pas personnellement, j’ai eu idée de m’incruster dans le tien (et peut-être celui de stoni, je vais voir) pour vous raconter mes aventures. Comme ça, au moins, si vous ne me censurez pas, ça sera comme un « blog à l’intérieur d’un blog », et j’aurais enfin ma petite fenêtre ouverte sur le web. Ce matin, je suis allé à la FNAC forum pour aller chercher le livre de stoni (en fait c’était pour acheter un costume de Sam Sam, mais comme vous ne peut-être pas connaissez pas et que ça fait un peu bête, je préfère dire que c’était pour stoni). Je me suis un moment paluché devant les grandes colonnes de Anna Gavalda et de Harlan Coben (ah ! la littérature faite reine) avant de bifurquer naturellement vers le rayon littérature francophone, où j’avais bon espoir de débusquer le livre de stoni (option communiste, cela va sans dire). Or voilà t’y pas que le rayon littérature se trouvait en pleine effervescence suite à un incendie de bonnes feuilles qu’un gang de voyous (à vous je vous le dis, camarades, c’étaient des communistes de la troisième section du komintern de Paris) se piquait de déclencher. On y avait apparemment pour ambition de faire disparaître toutes les piles de livres de stoni (qui était pourtant nombreuses et en bonne place) avant mon arrivée. En réalité ce n’était pas avant mon arrivée, devais-je découvrir, mais parce que le camarade stoni s’était montré la veille délibérément désobéissant envers un responsable de sa section (voir à ce sujet le post « 35ème congrès », sur le blog de stoni, daté du 1er juin 2010), lequel avait donc décidé de se venger et de retirer tous ses livres à la vente. En conséquence de quoi, une escouade de « stals » mal léchés se trouvait en train de retirer toutes les piles de livres, avant même que je n’ai pu m’emparer de l’un d’eux. Ah je n’ai même pas eu le temps de lire le titre, r1 !… Je me suis fait doubler comme un bleu par ces vandales collectivistes qui, soit dit en passant, manquaient à tous leurs devoirs en s’aventurant dans un tel temple du capitalisme triomphant pour perpétrer leur besogne. C’est le monde à l’envers, me suis-je dis. Enfin bref, je m’incline, je ne saurais donc jamais qui est stoni (ô rage…) et je m’en vais chercher à défaut ce costume de Sam Sam (« le plus petit des grands héros »). Avec ça, je rentre chez moi, par les sombres chemins du métro parisien (ligne 11, direction les lilas), non sans passer dans ma rue devant chez Georges (Mitchell, je sais vous ne le connaissez pas mais il fait d’excellentes crêpes au nutella), avant d’aborder les panneaux arborés de peupliers de la petite futaie complantée de charmilles qui borde le chemin en pente du somptueux jardin de 300 hectares au bout duquel je réside – i.e. mon antre.
PS : N’hésitez pas, postez vos commentaires nombreux sur ce blog ou sur celui de stoni, je répondrais par voie interposée si ces derniers m’y autorisent…
ALAIN TU TE LACHES MEC !!!
T’écris trop bien en plus !!!
Vas-y continue !
VIVE REICH !!! ok ct une blague
C’étiat une blague Reich, par contre je trouve sincèrement que t’écris trop bien !!!
merci bien, billy lo
Mdrrr !
Pardon « ha ha ha ha » comme t’aimes pas « mdr », alain.
Permets-toi quelques petits rectificatifs : pourquoi « petit » communiste ? Qui a dit que j’étais « petit » ?
Ensuite « vandales collectivistes », je le corrigerais par : « vandales réformistes » car tel est mon drame en mon parti : je ne suis pas réformiste. Jette un coup d’oeil sur le site (lamentable) du parti en question : il n’est plus question de collectivisation des moyens de production depuis belle lurette.
Je crois que c’est dans les années 70 que le parti a officiellement abandonné la notion de « dictature du prolétariat » (probablement au profit du « programme commun » eurghhh). J’ai un pote qui, à l’époque, avait demandé en public, en face en face, à Georges Marchais pourquoi le parti avait renié la dictature du prolétariat. Résultat : il a été exclu pendant un an.
Tu sais sur mon blog y’a un article par semaine environ, c’est normal qui se passe pas grand -chose pour l’instant…
Pour mémoire, je réponds à tes questions en vrac :
A propos du petit (pris sur ton blog) :
« Les femmes matures (et instantanément amoureuses de lui (« Aniki ») me tuent du regard en songeant :
– Dommage, qu’il se soit amouraché d’un petit communiste bizarre. »
A propos de Reich (pris sur le blog d’r1, la sodomie pour les nuls)
» Sinon c’est vachement marrant W. Reich, en effet je recommande à tout le monde de ne pas le lire. »
A propos de ton blog, je plaisantais, bien évidemment, je n’en attends rien étant donné que je ne produis rien moi-même sur le net.
Soviètement vôtre,
putain je me suis fait eu !
oué ok je suis petit. mais grand par mon oeuvre hé hé hé.
Quelle oeuvre? Tu n’as rien écrit, tu es Lise-Marie Jaillant (aka Wrath), tu es démasquée !!!!
Qui ça ?
Enfin oui tu as raison. tant que je suis pas moi, je m’en fous !