avr 112010
 

Dominique* me parle d’une voix douce, en prenant des précautions oratoires – elle a bien compris que j’étais chatouilleux.
Il faut dire que cela avait mal commencé entre nous.
« Ça arrive à tout le monde de ne pas parvenir à régler l’eau chaude, m’avait-elle dit. (Oui, je sais, merci, c’est pourquoi j’ai écrit un paragraphe là-dessus dans mon roman, qui est en prise avec le quotidien). Mais, avait-elle repris, quand cela advient, il me semble que l’on est énervé, ou agacé. (Super, Dominique, quelle découverte !) Or, votre description me semble trop littéraire, pas assez brute, pas assez en prise avec ce que l’on peut ressentir dans ces moments-là. »

Si je vous dis que ladite description apparaît à la première page  de mon roman, qui en compte près de 200, et que Dominique est la correctrice dont mon éditeur m’a affublé, vous comprendrez les points de suspension ci-dessus.

Heureusement, cette première conversation téléphonique a été écourtée par un coup de sonnette impérieux – j’avais de la visite.
Dès le début de notre second échange, le lendemain, j’ai donc gentiment posé les règles de notre collaboration à venir. Je m’estime chanceux d’avoir un regard extérieur qualifié, à la fois objectif (la grammaire et la typographie ont leurs règles) et singulier (Dominique est également une lectrice, dotée d’un avis). Je suis même prêt, en théorie, à accepter des modifications (minuscules) et corrections (imperceptibles) si je les estime (très très très) pertinentes. Mais ce roman reste le fruit de mon travail, ouvrage mille fois remis sur le métier, et cette description de la douche de mon personnage restera telle quelle en page 1 – du travail d’orfèvre, vous pourrez en juger par vous-mêmes fin août…

Après une heure de conversation,  j’étais conquis par le professionnalisme pointilleux de Dominique – j’avais également l’oreille striée de rouge et des crampes aux deux bras, je n’ai pensé à l’option « mains libres » qu’en raccrochant. Ma nouvelle vigie m’a évité une horrible répétition (au début du livre en plus, la honte !), une faille temporelle (on passait de l’après-midi au matin entre une question et sa réponse), a attiré mon attention sur un néologisme qui pouvait passer pour une faute d’orthographe (« oui mais ça sonne bien », elle était d’accord, ça sonnait bien, mais risquait également de me faire passer pour un analphabète. Mon choix a été vite fait…), plus une ou deux bricoles (ça y est, je sais quand il faut mettre le point à l’extérieur de la parenthèse et le point à l’intérieur !)
Deadline pour la remise de ces premières corrections : lundi 19 avril.
Etape d’après : corriger les épreuves. « Corriger » et « épreuves » dans la même proposition, je sais pas, ça n’est pas très exultique…

*le prénom a été changé pour des raisons de sécurité évidentes

  7 Responses to “R1 à Saint-Germain. Episode 2 : l’oeil de Moscou”

  1. Excusez-moi, ce commentaire n’a rien à faire là, mais je ne savais pas où le mettre…
    Votre commentaire chez Wrath m’a fait beaucoup rire, et j’ai voulu savoir qui se cachait derrière… je tombe ici, donc, et je m’aperçois que je vous connais déjà ! Un extrait d’un de vos romans m’avait bien plu. Comme quoi il n’y a pas de hasard !
    Je vais donc revenir plus souvent, et plus en détail!

    • Effectivement, ce commentaire n’a rien a faire là, vous me ferez cent lignes de « puisqu’on est jeunes et cons, puisque Chabossot est vieux et fou » pour demain – chez vous, hein, pas sur mon blog !
      Hardi, oui, revenez en détail, épluchez, commentez, critiquez, il en restera toujours quelque chose !
      Moi je ne vous avais pas oublié par contre mais je ne suis pas vexé, non, pas du tout, enfoiré, salaud de barbu…

      • Vous êtes un malpoli. Mais bon, je reviendrai quand même (d’ailleurs,je suis déjà revenu).
        Bon, ça ne m’étonne pas trop pour la publication. Pas besoin de lire des pages et des pages pour s’apercevoir qu’il y a un style, « quelque chose », quoi. Du coup, je suis content de moi : c’est comme si j’avais le nez creux !

        • Le nez creux, c’est mieux pour respirer auriez-vous pu écrire par chez vous mais oui, force est de constater preuves à l’appui (votre commentaire du 30 novembre 2009 sur un de mes extraits) que vous avez su lire l’avenir. Eussiez-vous été malin, vous m’auriez alors proposé de devenir mon agent et à vous les pourcentages ronflants ! Mais bon, je vous autorise à vous prévaloir de cet exemple dans la prochaine édition de votre ouvrage-conseil « Comment écrire un roman » (un bandeau fluo sur la couverture par exemple : « l’homme qui découvrit Erwan Larher ! »)
          En tout cas merci pour vos compliments et vos visites.

  2. aïe! je lis que vous êtes chatouilleux… je n’aurais jamais dû laisser ce com!
    Pardon pardon!
    Dîtes, vous vous rebellez, vous êtes une bombe, mais vous prenez garde à l’orthographe et au point dans/hors parenthèse. ça me va, ça, comme rebellion! (ça change du « z-y-va! »). Hâte de lire la suite!
    ah! et chez moi, vous pouvez tout critiquer, c’est même recommandé!

    • Ah mais non, je ne me rebelle pas ni ne suis une bombe, il s’agit de mon personnage principal qui parle à la première personne sur la 4ème de couv’.
      Moi je suis un petit-bourgeois de province qui mange bio et fume des clopes sur sa terrasse ensoleillée, soucieux de respecter la langue française et d’être reconnu pour son style. Je suis tellement consensuel que je ne critique jamais sur les blogs d’autrui, je dis seulement quand j’ai été touché, ému, amusé, etc. Que du positif !
      Whatever, merci d’être passée par ici.

  3. je viens du blog de Stoni, j’ai vu que t’as pu assiter à un concert de the stalin/ tu veux pas faire un article pour décrire le concert ? sinon je comprends pas tout sur ton blog mais je vais essayer de m’appliquer.

    oui j’arrive pas trop à comprendre de quoi ça parle.

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