« Je veux approcher mes limites, canaliser les sèves qui m'irriguent en un secret réseau pour les faire confluer vers le delta de mon style. Et puis travailler, sans relâche, perfectionniste, insatisfait chronique, immergé dans l'apnée studieuse des personnages et des mots. Je soupèse chaque phrase, la relisant très souvent à voix haute pour mieux juger de sa sonorité, non seulement interne mais aussi reliée aux voisines tant chacune de ces micro partitions doit être accordée aux autres pour former une symphonie harmonieuse. Je traque la répétition, la lourdeur stylistique, la tournure alambiquée. J'analyse la cohérence d'ensemble de l’œuvre, guette l'approximation, dissipe quelques brumes éparses – ne jamais oublier que nous en savons plus que le lecteur.
Tout simplement ne jamais oublier le lecteur, lui donner envie de tourner la page. Mes cendriers débordent, mes yeux aussi au bout de certaines nuits. Je réorganise quelques rapports humains, affine un ou deux moments de suspens, retends certaines situations, coupe, copie, colle. Je parfais, je peaufine, j’ébarbe, frénésie dont pâtissent mon régime alimentaire et mon rythme de sommeil, mais je suis heureux, ailleurs, seul, autre. »
Voilà ce que j’écrivis dans « Qu’avez-vous fait de moi ? », et c’est exactement ce que j’ai fait ces dernières semaines avec [ex]pulsions, roman né de l’un de mes scénarii.
Puis je suis allé dans ma petite échoppe de reprographie pour en avoir 10 exemplaires, ce qui, le roman faisant plus de 250 pages, m’a coûté fort cher. On ne dira jamais assez les conséquence économiques de la ratéité chez un auteur obstiné, surtout lorsque pour se donner bonne conscience citoyenne, il exige pour les fruits de son labeur un support sinon recyclé du moins "vert" (forêts contrôlées, pas de blanchiment au chlore, etc.), immanquablement plus cher – bah oui, il en va dans ce domaine comme dans tout les autres : la médiocrité, présente en grande quantité sur le marché, coûte peu cher.
Bref, je viens de jeter de nouveau bouteille littéraire à la mer éditoriale, priez pour moi…

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