[Une voix. Qui parle d’elle. De son travail, de sa force, de ses doutes. De leur histoire également, faite de complicité et de partage. Pourtant, elle va le quitter. Il le sent. Il a fait son temps. Il a atteint ses limites. Il va être remplacé. Alors il égrène ses souvenirs, ses réflexions, ses didascalies et bifurcations. Il raconte ce que fut leur collaboration. Est-il l’amant ? Le modèle ? Le pygmalion ? Non. Il s’appelle Nikon D70S.]

1-
Habituellement, je parle peu.
Rien à voir avec mes origines asiatiques, évitons les clichés, voulez-vous ?… (Qui envoie les idées reçues ?)
Je parle peu parce que j’ai peu à dire, adéquation entre discours et pensée qui tend à se perdre.
Et puis je n’existe que par son regard. Je ne suis pas du métal dont on fait les généraux, moi. Plus automate qu’autonome, je suis un suiveur, un obéissant, un besogneux. Et un taiseux.
Je parle peu, mais là il le faut.
Elle va me quitter.


Rainy day by Dorothy-Shoes

2-
Elle va me quitter.
Elle ne l’avouera pas mais parsème notre quotidien d’indices, fragments d’ADN fichés sur le tranchant des non-dits qui tous me hurlent sa culpabilité encore inassumée.
C’est là, entre les lignes, dans l’air.
Une façon différente de me prendre, le geste plus brusque, la main exclusivement fonctionnelle, la tendresse en berne ; sa voix désormais dénuée d’autodérision quand la mauvaise foi éclate soudain dans le ciel tourmenté de ses déceptions picturales et qu’elle me gourmande – comme si c’était ma faute !

Des craquelures.
D’infimes failles.
Je sens poindre aux rameaux de ses silences les bourgeons du sursis.

Elle ne l’avouera pas, mais…

La gueule du Loup by Dorothy-Shoes

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