[Une voix. Qui parle d’elle. De son travail, de sa force, de ses doutes. De leur histoire également, faite de complicité et de partage. Pourtant, elle va le quitter. Il le sent. Il a fait son temps. Il a atteint ses limites. Il va être remplacé. Alors il égrène ses souvenirs, ses réflexions, ses didascalies et bifurcations. Il raconte ce que fut leur collaboration. Est-il l’amant ? Le modèle ? Le pygmalion ? Non. Il s’appelle Nikon D70S.]
15 -
Entre le Tigre et l’Euphrate est née voici plus de 7’000 ans la civilisation mésopotamienne, qui s’épanouit à l’ombre des splendides jardins suspendus de Babylone. Elle donna au monde l’écriture, devenant en cela le berceau de l’Occident.
Entre les océans Pacifique et Atlantique est née voici à peine plus de 300 ans la civilisation de la liberté, qui s’épanouit dans le sang des nombreux peuples qui y vivaient depuis 400’000 ans en harmonie avec la nature. Elle donna au monde la bombe atomique, devenant en cela le berceau de la post-modernité.
Qu’est-ce qui a pu énerver autant la civilisation de la liberté pour qu’elle décide d’anéantir toute trace de la civilisation de l’écriture ?
L’écrit, c’est la trace, la mémoire, la permanence ; c’est la controverse possible, la re-lecture, s’arrêter pour réfléchir, prendre le temps de fourbir ses arguments ; c’est laisser son imagination vagabonder, divaguer.
Les dictatures brûlent les livres, toujours. Trop de liberté dans et entre les lignes.
N’est-elle pas dictature d’entre les dictatures celle qui s’attaque non pas aux livres, mais à leur origine, à notre origine ? Une fois les traces disparues, une fois Babylone de nouveau rasée, symboliquement – car c’est aussi cela que fait la civilisation de la Liberté à Uruk ou à Akkad : destruction, pillage et trafic de vestiges -, qu’est-ce qui pourra prouver l’histoire de l’écriture ? Qui pourra prouver sa préexistence à la cacophonie, sons et images qui défilent, pas de réflexion ni de suspension possible du temps, le mouvement, le mouvement ? Si l’on supprime les traces, on pourra même un jour affirmer que l’écriture n’a jamais été.
Au nom de la Liberté.
Liberté de nier que ce qui est aujourd’hui l’Irak est le berceau de notre civilisation déclinante.
Liberté de nier que cette civilisation ait même un jour existé.
Je suis peut-être une machine, mais j’ai un rôle à jouer.
La mémoire.
Votre mémoire.
Celle qui ne se calcule pas en giga octets.
N’oubliez jamais.
Détruire la matrice de tous les livres, quelle belle victoire pour le bla bla…

Vos traces de pas
r1 sur Ca se passe bien ?
...r1 sur Ca se passe bien ?
...Sophielit sur Ca se passe bien ?
...alain sur Ca se passe bien ?
...r1 sur Ca se passe bien ?
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