Good old days ?

J’écoute la rediffusion d’un dialogue entre Rebecca Manzoni et Jean-Pierre Bacri tout en faisant la vaisselle, à l’eau froide puisque le chauffe-eau a lâché – enfin pas vraiment froide car je me sers de ma bouilloire électrique -, et je me dis que j’aimerais bien travailler avec Bacri.
Comme avec Vincent Lindon par exemple. Avec ce dernier, j’aurais pu. En tout cas j’aurais peut-être pu, car j’avais accès, à une époque, à son cercle d’intimes. Si j’avais été moins con. Moins petit con, plus exactement. Moins branleur, qui veut tellement prouver, tellement être aimé et remarqué, qu’il surjoue un rôle à l’opposé de qui il est.
Je suis passé à côté de tellement de gens pendant quinze ans (je parle ici des connus pour fidéliser mon lectorat, mais je suis passé à côté surtout de gens inconnus. Bien, mais inconnus. Qui auraient gagnés à être connus d’ailleurs. De moi. Mais ce qui m’intéressait, c’était les gens déjà connus. Du public. Je ne développe pas, j’en parle un peu dans un livre). Oui, j’ai loupé tellement de belles rencontres à cause de mon ego, c’en est risible – et bien fait pour moi.
Alors, paradoxalement, que mon ambition ultime a toujours été, est toujours, de travailler en équipe. On formerait une sorte de famille, comme le Splendid à l’époque, ou les Robins des Bois, ou Justice (mais ils ne sont que deux, c’est un peu short).
J’ai essayé, je vous jure. Dans la musique, avec des compositeurs et des interprètes ; dans l’image, avec des réalisateurs et des comédiens ; au théâtre. J’ai produit deux pièces, financé le tournage d’un pilote de série, réuni pour une autre un réalisateur et une dizaine de comédiens pour plusieurs séances de répétitions.
J’ai essayé mais c’est difficile de fédérer des énergies individuelles, ardu de cimenter le collectif. Ce qui jointoie le mieux, c’est l’argent. Et je n’en ai jamais eu. Alors je peux m’estimer heureux d’avoir eu la chance, le privilège même, que des gens acceptent de s’agréger autour de certains projets, pour le plaisir (et/ou aussi l’espoir que ça déboucherait sur quelque chose). Jamais sur la durée cependant.

Peut-être avez-vous déjà levé un sourcil dubitatif : le mec écrit des romans, quand même l’exercice de création le plus solitaire qui soit, perdu au fin fond d’une forêt berrichonne et vient pleurnicher qu’il rêve de travail collectif ? Bah oui, j’ai envie de travailler en complicité avec d’autres regards, d’autres écritures, d’autres formes d’esprit (ah oui, il faut de l’esprit quand même, condition sine qua non.)

Franchement, je crois qu’il est en chacun de nous, ce besoin de collectif (pas jour et nuit, hein, attention !) ; que c’est ensuite la société qui nous atomise, nous nombrilise. La société et les femmes (via le couple), mais c’est un autre débat. Et comme il est effectivement plus facile de tracer son chemin tout seul, de décider à un qu’à dix ; plus facile de se faire un squash qu’un foot au débotté, de dîner seul devant la télé que de rassembler dix potes dans un restaurant, eh bien on n’est pas sorti de l’ultra-libéralisme, je vous le dis.

  2 Responses to “Jouer collectif ?”

  1. Femme…succube!!!

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