A pied, à vélo, en voiture, dans le métro, ils sont tous hargneux…

A croire que le trait de caractère principal de notre Omniprésident a déteint sur chacun ; à moins que ce ne soit l’inverse, que nous ayons élu un Président à notre image…

Oui, Nicolas Sarkozy, cet individu égocentrique mû par ses désirs et ses pulsions, qui ne supporte ni la contradiction ni le débat – auxquels il préfère l’affrontement et l’invective -, qui trépigne et s’enrage lorsque sa volonté toute puissante n’est pas satisfaite, cet individu-là écrivais-je, c’est nous.

Chacun de nous.

En ces temps de perturbations transportationnelles, l’évidence crève les yeux et les oreilles. Aucune solidarité, aucune fraternisation, chacun pour soi, et vas-y que j’emprunte les couloirs de bus en bagnole, et vas-y que je te dégage pour prendre ta place dans le métro ou que je t’arrache des mains le dernier Vélib’ de la station !

Alors bien sûr, les discours politiciens, relayés par des médias collés au fait divers plutôt que soucieux d’analyse, cherchent à diviser pour mieux régner, à monter des catégories socio-professionnelles les unes contre les autres, jouant sur la peur du lendemain, l’incertitude, la lente désagrégation du lien social provoquée par la société de la consommation et des loisirs.

Des années que l’on nous martèle que le bonheur est individuel, comme la maison, la réussite sociale, ou l’épanouissement. Mon bonheur, mon kif’, j’y ai droit, comme les autres ! Dans le cas contraire, je trépigne, je hargne, je mords !

Des années que l’on nous martèle que de la somme des intérêts individuels, dont il conviendrait de faciliter la réalisation, naît un intérêt collectif obligatoirement juste et équitable. Mais l’intérêt général n’est pas l’intérêt collectif, d’une part, et d’autre part pour que, dans une collectivité, chacun puisse « cultiver son jardin » paisiblement, il faut des règles pour garantir ce droit, sous peine de voir la loi du plus fort réguler les échanges. La morale ? Mais que devient la morale quand il est question de survie économique – pour ne rien dire de la survie tout court… – dans une société aussi violente ?

Et violente, la société l’est parce que justement elle fait l’impasse sur l’intérêt général.

Si, au lieu de montrer du doigt les fonctionnaires ou les bénéficiaires de régimes spéciaux de retraite, nos gouvernants s’attachaient à poser les bases d’un monde qui aurait du sens, nous n’en serions pas à nous invectiver entre victimes d’une grève qui n’est au fond que le symptôme de l’énorme malaise qui nous étourdit tous sans que nous sachions vraiment son origine.

Qu’est-ce qu’un monde qui a du sens ? Demandez-vous ce dont vous avez besoin a minima pour être heureux, et vous aurez la réponse. Un logement pas trop insalubre, des voisins pas trop revêches, de la nourriture pas trop chère et pas trop polluée par les pesticides ou les huiles hydrogénées, un système de santé efficace, des écoles où l’on apprend à devenir citoyen avant producteur ou consommateur, une place publique sur laquelle chacun peut s’exprimer. Après, que certains gagnent plus d’argent que d’autres n’est nullement choquant dans la mesure où les écarts restent raisonnables et surtout, surtout, si l’on est capable de légitimer ces écarts par d’indiscutables arguments. Lesquels ? Ceux qui mis bout à bout forment l’intérêt général, pardi !

J’ai besoin d’infirmiers et d’éboueurs, de magistrats et de boulangers ; beaucoup moins d’un conseiller en communication ou d’un pilote de Formule 1, encore moins d’un trader ou d’un banquier. Pourquoi les professionnels dont j’ai le plus besoin sont-ils moins bien rémunérés ou considérés que les autres ? Parce que notre organisation sociale est une organisation économique, et que votre valeur n’y est pas fonction de votre utilité mais de ce que votre travail (r)apporte au système. Si encore ce dernier redistribuait équitablement les richesses qu’il génère, il serait possible de lui trouver quelque intérêt. Mais nul besoin je pense de vous démontrer qu’il n’en est rien. Et que chacun de nous en souffre.

Le jour où chacun sera considéré (et cela inclus « rémunéré ») selon sa vraie valeur, à savoir la manière dont il concourt à l’intérêt  général, alors les gens seront moins hargneux. Parce que leur vie aura un sens.

CQFD ?…

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