« C’est la faute à Besson ».
La pratique du bouc-émissariat a encore de beaux jours devant elle on dirait.
Mais l’explication présente l’avantage d’être simple, claire, compréhensible, naturelle oserai-je écrire pour employer l’adjectif préféré de Chirac : si le Front National a fait de tels scores aux dernières élections régionales, c’est bien évidemment à cause d’une porte imprudemment rouverte par le débat sur l’identité nationale. Oui Martine, il est bien commode de faire de ce « débat » nauséabond le Viagra électoral du FN. Cela évite, en faisant porte le chapeau aux autres, de reconnaître sa propre responsabilité.
Certes, le parti des Le Pen a fait de la problématique de l’immigration l’un de ses thèmes de campagne favoris. Mais n’oublions pas que ce parti est aussi celui qui, si l’on en croit sa rhétorique, ne joue pas le jeu des alliances électorales, ne se compromet pas, reste fidèle à ses idées, contrairement à la « bande des quatre ». François Ruffin dans « La lutte des Classes » démontre de manière assez convaincante comment nombre d’électeurs traditionnellement très à gauche ont commencé à voter FN quand ils se sont sentis trahis par un PC pactisant avec le parti centriste qu’est devenu le PS depuis 1983. Plus généralement, le FN dénonce volontiers les « pourris » de tous bords, qui s’acoquinent pour gouverner le pays et se partager les prébendes, au détriment du peuple; comment ne pas en faire la raison principale de son bon score aux régionales? Le sarkozysme est un clientélisme népotique, fait de copinages, de petits arrangements, faisant fi de toute morale, où chacun, plutôt que de penser au Bien Commun, cherche à se placer, à s’attirer des faveurs, à construire sa carrière de politicien professionnel. La situation est presque pire au PS, entre les Peillon, Valls, Montebourg, Hollande, Royal, tous ces ego brailleurs et inconsistants englués dans des querelles ridicules rythmées par des échéances électorales, qui n’ont aucune alternative politique à proposer face à l’échec pourtant patent de cette droite cynique, arrogante et affairiste.
Penser que le vote FN, au-delà des 5-7% résiduels (les ultra-nationalistes, les nostalgiques de l’Empire, les poujadistes flippés, etc.), c’est la faute à Najlae, c’est se mettre une burqa sur la tête. C’est aussi pertinent que d’affirmer que les abstentionnistes ne s’intéressent pas à la politique.
Donc plutôt que d’accuser cette raclure de Besson, nos « représentants » (oui, à la base, les élus représentent le peuple et non leur chapelle, leur parti, etc.) feraient mieux de se soucier de nos problèmes quotidiens – sans déconner, je digresse parce que ça m’énerve, je me suis retenu jusqu’ici mais Estrosi fait la gueule parce qu’il n’entre pas au gouvernement, Woerth parce qu’il en sort, c’est quoi ces mecs? Des types qui sont vraiment en quête d’un monde meilleur pour le peuple français? Sérieux? Et Sarkozy, après la débâcle électorale, qui fait de la stratégie partisane avec son « ajustement technique » au gouvernement ! C’est un chef de l’Etat, ça ?!!!
(Comme d’habitude, j’essaie de commencer mesuré, calme, carré, de bien exposer les trucs et les arguments et une belle logique et tout et tout mais dès que je m’aventure sur le terrain politique c’est plus fort que moi, surtout les mercredi et les jeudi, après avoir lu le Canard…
Désolé…)

Woerth n’est pas sorti. Il a le cadeau empoisonné. La réforme des retraites. J’insiste un peu c’est lourd, je sais. Mais bravo à vous pour la publication, pour Voltaire, la rage. Et que la gloire s’acharne sur vous…!
Ah oui, j’ai confondu avec Darcos, merci d’avoir mis le doigt là-dessus – ça m’apprendra à écrire sous le coup de la colère.
Merci pour les encouragements. Je ne cherche vous savez pas la gloire mais, à la faible lueur de mes écrits, à éclairer quelques zones d’ombres, quelques chemins, quelques ténèbres. C’est tout aussi prétentieux remarquez…
Woerth est sorti, depuis, et ce tout comme t’as dit.
(J’aime bien tes coups de gueule politique, je t’entends ronchonner d’ici, hahaha !)