Je parle tellement de moi par ici que j’en oublie de recommander les autres, et pourtant ce n’est pas l’envie qui m’en manque.
Philippe Annocque par exemple, dans le Liquide duquel il ne se passe remarquablement rien. Il coule tout seul, dérive, et nous emmène pourtant dans son onde en apparence inoffensive, comme ces mers étales que des panneaux disent dangereuses mais dont on a peine à croire qu’elles cachent de létaux courants. Je n’avais pas lu les méandres intérieurs aussi finement cartographiés depuis longtemps et, si je regrette toujours dans un roman quand nulle révolte n’affleure, si le jeu avec la ponctuation et la mise en espace du texte m’a parfois agacé, Annocque a liquéfié mes rouspétances, emportées par le flux. Liquide? Cool…
La Centrale d’Elisabeth Filhol a beaucoup irradié dans la presse. Je ne sais trop qu’en penser. Je vois bien les qualités de l’ouvrage, qui se lit volontiers, mais pour moi cela manque d’ampleur et de souffle (je sais, c’est voulu), c’est trop clinique, trop neutre, c’est un peu court, jeune femme !
Christophe Paviot ensuite, et son touchant souvent Devenir mort, errance d’une mère dans l’ombre d’un fils perdu, voyage d’une femme en ses propres et obscurs confins. Je déplorerai juste une fois le livre terminé un manque d’ambition littéraire : Paviot aurait pu aller beaucoup plus loin – mais cela aurait sans doute été en contradiction avec le « live fast, die young » dont l’auteur semble nimbé. Point noir? S’afficher en couverture.
J’attendais beaucoup de Comment j’ai liquidé le siècle de Flore Vasseur. Un thème qui me parle, un pitch aguicheur…
…mais non, on ne croit pas en ce personnage principal, encore moins aux secondaires et que dire de l’intrigue… Oui le monde des traders est bien rendu, c’est documenté mais romanesquement et stylistiquement insuffisant, malheureusement – même si l’on n’atteint pas les bas-fonds osmontiens. A chaque page on sent que l’auteur nous raconte une histoire, dans laquelle elle ne nous laisse jamais rentrer faute de chair, d’odeurs, de cris, de vrai, de vie. Pas désagréable à lire mais pas de quoi crier au génie non plus (« la petite soeur française de Bret Easton Ellis » a écrit un journaliste, qui n’a jamais dû lire American Psycho jusqu’au bout.)
Comme j’ai déjà oublié le Thriller de Iegor Gran, ô déception là encore…, terminons par Xabi Molia, dont j’ai beaucoup aimé La reprise des hostilités. Parce que ça sonne juste, parce que les voix s’entremêlent, les parcours se croisent, on doute, on change, on est veule, parfois fort, humain toujours et… qu’on a envie de savoir, on est dedans, c’est un roman alors… on tourne la page et on est… heureux.

Un jour de 2006, ayant lu force louanges sur le premier Vasseur, j’en ai pioché quelques pages dans une librairie. Ca m’a appris beaucoup sur les critiques littéraires.
Heureux que tu aies aimé le Molia (je m’en serais voulu après Gran)
Bonjour Erwan.
Pour votre dossier « Philippe Annocque », sachez que son « Liquide », en novembre dernier, a obtenu un prix littéraire très convoité (j’ai mis la référence en lien, suffit de cliquer sur mon sémillant patronyme).
Cordialement.
Je me doutais bien que vous auriez un coup d’avance…