Le stade ondoie sous les vibrations de cinquante mille corps houleux et anxieux. Toujours zéro-zéro, et les rêves de grandeur européenne de l’Olympique de Paris qui peuvent à tout moment s’évanouir ; il suffirait d’un but finlandais… Les regards avides, tendus, suivent la course du ballon, le ballet des joueurs. Paris ne joue pas mal d’ailleurs, franche domination, de belles occasions, mais les finlandais repoussent tout, défendent avec acharnement, ça ne [...]

La lumière qui traversait la fenêtre de la cuisine éclairait un bout du jardin ; mais quelques décimètres plus loin, au niveau du puits, elle semblait déjà lutter contre l’obscurité en un combat perdu d’avance ; d’ailleurs, au-delà de la margelle, elle s’avouait déjà vaincue. Aucune ombre ne s’agitait plus dans l’embrasure. Alexa en déduisit que la femme en avait terminé avec la vaisselle et avait rejoint son mari dans [...]

Chantier

Rien… Je m’acharne pourtant. Mais rien… Le bitume du style craquèle, les mots-gravillons se raréfient, je me retrouve avec de petits magmas tous secs, des pâtés racornis, comment faire à partir de ces chiures laborieuses un asphalte romanesque velouté ? Vous m’auriez vu voici trois jours… Une DDE à moi tout seul ! Les camions de goudron se succédaient, pleins jusqu’à la gueule, charriant de l’onctueux, du kilomètre, et j’avançais [...]

J’en suis arrivé insidieusement à me sentir laid, stupide, inutile. Ma position sociale a contaminé ma personnalité, piquée désormais des moisissures de l’inanité. Je ne suis plus en devenir, je suis chômeur, entièrement, ici et maintenant, dans les scintillations néo-libérales de Noël approchant. Pour compenser cette déchéance, j’ai recommencé à écrire, d’autant qu’alexis_ivanovitch, mon alter ego jeune et désirable de Netlove, est mort hier – je n’ai plus les moyens [...]

Ce matin-là, il s’était réveillé nu dans un lit qu’il ne reconnaissait pas, dans une chambre qu’il ne reconnaissait pas, avec, au bout de jambes qu’il ne reconnaissait pas, des pieds modèle standard. Le phénomène est connu : les yeux s’ouvrent, s’ensuit un bref instant de panique, puis on reprend ses esprits, littéralement. Tout se remet alors en place, dans le soulagement d’une familiarité retrouvée avec le réel ; le [...]

Ses cris, bon sang ! Du coup, je n’ai jamais osé emmener une fille dans ce studio. A vrai dire, je n’avais jamais sérieusement envisagé cette éventualité : je réservais ce lieu au travail et à la solitude. Je ne souhaitais pas m’y voir dérangé. J’y séjournais en cachette. Pas de téléphone, pas de boîte à lettres, pas de télévision ni de radio. Juste un canapé-lit, une chaise et un [...]

Qu'avez-vous fait de moi? (roman, début du chapitre 1)

Comme la pratique en plein air du badminton – qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives – , mon petit-déjeuner ne supporte pas l’à peu près. Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l’heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j’aie omis de mettre une brick de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l’enchevêtrement fragile de [...]

Extrait de

Un sanglier ! Jesus Ramos ressemblait à un sanglier ! Jean-Marie Mazzini sourit pour lui-même, pendant que le manager de Fernando achevait de feuilleter le contrat qui allait lier son joueur à l’Olympique de Paris. Peut-être… Bah… Aucune raison de s’inquiéter. Le rustaud brésilien avait déjà eu le temps de faire étudier la centaine de pages par ses juristes. D’ailleurs, il reposa finalement le document sur la table basse en [...]

© 2010 Erwan Larher. Reproduction interdite sans autorisation merci. Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha