Voilà ce que le Pôle Emploi envoie à certains demandeurs d’emploi :

On y apprend tout d’abord que le Pôle Emploi possède un « service marketing », et que c’est donc lui désormais qui contacte les « cibles » que sont devenus les demandeurs d’emploi.
Pour plus d’efficience sans doute, une meilleure adéquation produit/consommateur. Mais qui est le produit : le chômeur ou l’entreprise ayant besoin de travailleurs?… Parce que le marketing, selon le Petit Robert, « met en oeuvre les moyens permettant de satisfaire la demande ou, le cas échéant, de la stimuler ou de la susciter. » Stimuler qui? Les fainéants en demande d’emploi ? Susciter leur motivation à accepter n’importe quel boulot ? Ou alors satisfaire la demande des employeurs, qui se résume en général à de la main d’oeuvre bon marché et disponible, si possible capable de dire « merci » ? J’ai l’impression que dans les deux cas, ce sont toujours les mêmes qui gagnent…

Mais bref, aussi symptomatique soit-il de la porosité d’un autre Service Public aux valeurs marchandes, ce n’est pas ce détail qui m’a le plus réjoui. Car ce courriel nous délivre une information autrement plus importante : enfin ces planqués de profs vont être soumis à la concurrence sur le marché libéré du travail !
Pas trop tôt.
Depuis le temps qu’ils creusent le déficit de la Nation en travaillottant 18 heures par semaine, quand ils ne sont pas en congés maladie, tout en nous faisant croire qu’ils ont des cours à préparer et des copies à corriger pour justifier leurs privilèges ! Ah ça, ils vont bien être obligés désormais de se frotter à des armées de jeunes diplômés, pour qui l’enseignement n’est pas forcément un sacerdoce (« sacer quoi ? » « à rien, t’en fait pas, signe ton contrat ») mais qui ne trouvent aucun débouché professionnel ailleur alors prof ou vendeur en fast-food, le choix est vite fait. Et que l’on ne vienne pas nous dire que transmettre son savoir devant 35 boutonneux requiert une formation spécifique, ou pire encore : de l’expérience et de la motivation. Ce sont là fallacieux arguments de pantouflards aux aguets ! Ouvrez vos livres page 53, Brandon, silence !, vous me préparez ça pour la prochaine fois, rien de bien sorcier.
Et puis n’oublions pas tous les avantages que la précarisation du corps enseignant aura sur la société. Terminé, les étals de librairies encombrés des déjections édités de profs passant leur trop important temps libre à écrire. Vidés, les rangs des manifestations (hé oui, comme ils ne bossent jamais, les fonctionnaires de l’Éducation Nationale peuvent gonfler les cortèges); clairsemés, les rangs des partis politiques de gauche (car bien sûr, ces feignasses qui n’en fichent pas une rame voudraient encore plus d’avantages sociaux en bossant moins, donc ils sont de gauche et manifestent.) Quant aux gamins, vu que la meilleure école est celle de la vie (en entreprise bien sûr), ils seront bientôt pris en charge dès le collège et guidés vers des instituts privés financés par Areva, Total, Veolia ou autre.

L’enseignement vous intéresse ? Remplissez ce formulaire pour participer à la mort d’un idéal de Civilisation, celui des hussards noirs de la République, celui des avocats fougueux de la IIIème, épris de laïcité et d’humanisme, celui des Lumières.
Et en route pour la joie, un CDD sous le bras !

6 Réponses to “« C’est la vie, la concurrence. Moi, j’ai la concurrence dans les veines. » (N. Sarkozy)”

  1. secondflore dit :

    Monsieur,
    Nous avons le plaisir de vous annoncer que vous n’êtes désormais plus usager de nos services.
    Vous voilà client, et tout va changer.

    (Si le CDD n’est pas conforme aux attentes, tu pourras peut-être contacter un sav)

    • r1 dit :

      Déjà sur le pont à 08h33 un vendredi matin, je vois que monsieur travaille plus pour gagner plus…
      (C’est bien, « client » parce que ça donne « clientélisme ». Pour les plus démerdards…)

  2. Schlabaya dit :

    En effet… C’est terrible, cette façon de mettre en concurrence les professeurs titulaires d’un concours avec les précaires. Et malheureusement, le précaire n’a d’autre choix que d’accepter finalement, parce qu’il faut bien vivre; et malgré soi on se fait complice d’un système qu’on désavoue.

    • r1 dit :

      Oui, terrible. Alors que c’est drôle, je n’ai pas vu sur le site du Pôle Emploi beaucoup de communiqués demandant « Vous voulez devenir patron de Véolia ? » ou « Vous voulez diriger EDF ? » Certains postes, vous comprenez, ne se confient pas à n’importe qui… On préfère y caser des gens expérimentés, qui ont fait leurs preuves – je n’entends pas beaucoup dire que sous la présidence de Proglio, l’action Véolia a significativement baissé ; sans doute parce que l’obligation de résultats, c’est bon seulement pour les pandores…

  3. ml dit :

    Mon dieu, c’est bête ce que tu dis… Je te conseille d’éviter de trop parler de ce que tu ne connais et ne comprends pas : ça ne te met pas trop en valeur. Proglio et chez CGE depuis 72. Il a une fonction de direction général depuis 90. Veolia n’existe en tant que tel que depuis 2003. Bref, je me demande bien sur quelle période tu as pris ton petit cours de bourse pour en arriver à la conclusion géniale et remarquablement argumentée que Proglio est un mauvais manager (a contrario, par exemple, Guillaume Musso vend bcp de livres donc ça doit être un écrivain génial !). Je veux dire par là que le cours de bourse n’est pas forcément un indicateur très pertinent de la qualité d’un management surtout quand tu le prends après une grosse crise financière. Quid du CA ? du RN ? du BNA ? des effectifs ? de la politique RH ? des PdM ? de la R&D ? etc. Le ressentiment personnel et l’idéologie conduisent presque invariablement à des réflexions simplistes et dans les grandes lignes pas du tout pertinentes. Tu ferais mieux de montrer ce que tu sais faire plutôt que de critiquer injustement les autres.

    ps1 : je me tape de Proglio, je ne le connais pas et je ne sais pas si c’est un bon manager.
    ps2 : pas la peine de répondre, j’ai pas prévu de repasser par ici. Prends ça comme un conseil constructif, plutôt que de te sentir vexé.

    • r1 dit :

      1/ pourquoi me tutoyez-vous?
      2/ qu’est-ce qui vous permet de penser que je parle de ce que je « ne connais et ne comprends pas »?
      3/ je n’ai jamais écris que Proglio était un « mauvais manager » ni relié à icelui la qualité d’un management, le sien ou un autre.
      4/ je soulignais seulement, au détour d’une réponse et non d’un billet argumenté, le népotisme sévissant dans cette sphère nébuleuse où s’acoquinent pouvoir politique et pouvoir économico-financier, ainsi que la propension des médias à traiter partialement certaines informations.
      5/ je ne souffre d’aucun ressentiment personnel; d’un malaise citoyen, certes…
      6/ qui vous dit que localement, dans l’action citoyenne, je ne « montre pas ce que je sais faire »? Et ce blog ne montre-t-il pas, avec je vous l’accorde les limites imposées par la forme – mais rien n’empêche de discuter (plutôt que d’asséner des conseils et de se carapater après avoir essayé de mordre) ?
      7/ je ne me sens aucunement vexé. Ce pourrait être le cas si un commentaire injustement agressif ou gratuitement blessant (du moins se voulant tel…) émanait de quelqu’un que je respecte, admire, ou au moins qui ne me prendrait pas de haut avec morgue et mépris mais s’efforcerait (maladroitement du coup) d’entamer un dialogue constructif, un débat enrichissant.
      8/ je suis fort aise qu’il n’entre pas dans vos intentions de revenir…

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