Ce matin-là, il s’était réveillé nu dans un lit qu’il ne reconnaissait pas, dans une chambre qu’il ne reconnaissait pas, avec, au bout de jambes qu’il ne reconnaissait pas, des pieds modèle standard.
Le phénomène est connu : les yeux s’ouvrent, s’ensuit un bref instant de panique, puis on reprend ses esprits, littéralement. Tout se remet alors en place, dans le soulagement d’une familiarité retrouvée avec le réel ; le cerveau s’était tout simplement mis en marche avec un léger retard sur le corps, comme au lancement d’un disque dur, qui affiche une à une à l’écran les icônes des programmes avant qu’ils soient opérationnels.
Ce matin-là, dans ce lieu étranger, son cerveau s’était mis en marche mais lui avait beau cliquer mentalement sur les icônes, aucun dossier ne s’ouvrait.
Fâcheux.
Rester calme, il doit y avoir une explication.
Avait-il bu la veille ? Il n’avait ni mal de crâne ni gueule de bois, et les vêtements soigneusement pliés sur le valet de nuit posté près du lit annihilaient cette présomption.
Brusquement, alors que dans son processus de verticalisation il avait fait une halte pour s’asseoir au bord du matelas, son pouls s’accéléra : et s’il avait été kidnappé ?
Improbable : il n’était ni riche ni une personnalité importante.
Il se figea.
Etait-il riche ? Etait-il une personnalité importante ?
Il l’ignorait…
Bon sang ! Les gens savent s’ils sont riches ou pas, non ? Et s’ils sont des personnages en vue ?! Peut-être avait-il été drogué avant d’être enlevé ?…
Il bondit vers la porte.
Il lui suffit d’actionner la poignée pour envoyer une volée de plomb dans l’aile de la thèse du rapt – à moins qu’il ne fût victime de ravisseurs amateurs, ou têtes en l’air, banditisme et étourderie ne s’excluent pas nécessairement.
Les vêtements trouvés près du lit étaient à sa taille, même si la chemise s’assortissait douteusement au pantalon, il n’aurait su expliquer pourquoi, une impression, aucune certitude sur quoi l’étayer. Rien dans les poches qui eût pu lui donner un indice et pour cause : elles étaient vides ; pareillement sa mémoire, qu’il s’obstinait de plus en plus désespérément à tenter d’enclencher – en vain. Il lui fallait se rendre à l’évidence : ses souvenirs s’étaient fait la belle.
C’est quand il essaya de dire son prénom à voix haute, qu’il prit vraiment peur…

Vos traces de pas