Sur le fort fréquenté Wrath, qui est à la littérature ce que Voici est à la sociologie (et (presque) tout le monde lit plus volontiers le magazine people que la RFS), Lise-Marie Jaillant se demande : « pourquoi si peu d’écrivains tiennent-ils un blog ? »
Si l’on s’en tient à la définition que donne Little Bob de l’écrivain, « personne qui compose des ouvrages littéraires », je peux me revendiquer tel. Ma légitimité ainsi fondée, je ne vais pourtant pas répondre à la question (le but de LMJ n’est d’ailleurs pas d’obtenir des réponses mais de créer une polémique (et je doute fort qu’elle consulte aucun blog tenus par ceux qui alimentent le sien)) mais simplement noter que les deux exercices n’ont rien de commun à part le clavier de l’ordinateur. Qui se demande pourquoi Roger Federer ne joue pas au squash ?… Écrire un roman – je parle là de littérature, pas de divertissement - implique de vouloir, par le biais d’un récit fictif, toucher à l’universel, transcender l’ici et maintenant. Pour ce faire, l’écrivain travaille le matériau langage pour le contraindre à épouser le plus minutieusement possible sa pensée, le plie à ses objectifs. Tout le contraire en somme de l’écriture bloguesque, étiquetée par des dates, limitée dans l’espace, périssable par nature (si les anciens billets sont toujours présents sur un blog, personne ne va jamais les consulter, les statistiques le prouvent; le lecteur veut du nouveau, du frais, du récent.) Si Roger Federer ne joue pas au squash, qui mettrait pourtant à sa disposition une balle et une raquette, c’est que ce sport qui paraît ressembler au tennis ne requiert en fait ni les mêmes qualités physiques ni la même technique. Mais un novice s’amusera immédiatement sur un court de squash quand il en aura vite marre au tennis de ne pas toucher la balle ou, quand par miracle sa raquette entrera en contact avec le feutre, de voir la boule jaune aller se perdre dans les buissons, au-delà du putain de grillage.
Tout ça pour (enfin) dire que ce blog m’est une respiration entre deux asphyxies romanesques, qu’il me permet de m’amuser sans penser à l’adéquation parfaite entre style et contenu et de gueuler franco sur du conjoncturel.
Comme la burqa par exemple.
Le sujet est plutôt complexe et de me prononcer sur icelui point je n’ai ni envie ni temps. Mais ce qui me semble remarquable, comme à d’autres, c’est de voir monté en épingle un épiphénomène qui concerne une frange ultra minoritaire de la population française. « Les faits divers font diversion » écrivait Pierre Bourdieu et la même question doit se toujours poser dans ces cas-là : à qui profite le crime – la diversion en l’occurrence ? La réponse est tellement simple que je ne m’appesantis pas (et puis Super Conseiller risquer encore de me polluer la bande-passante, j’ai autre chose à faire que lui répondre.) Je me contenterai de noter que beaucoup de ceux qui dénoncent « une atteinte aux droits des femmes », une « offense à la féminité » restent étrangement muets sur le traitement que la publicité réserve multi quotidiennement à ces mêmes femmes.
Pause.
(les images sont protégées par le droit d’auteur sans doute, mais sont reproduites à caractère éducatif donc s’il vous plaît, ne me mettez pas en prison)


Ce problème me paraît beaucoup plus grave que les trois burqas provocatrices que l’on croise par mois en Ile-de-France exclusivement. D’autre part, la laïcité se portera d’autant plus dégagée autour du visage que les politiciens n’en parleront pas à tort et à travers, relayés comme ils se doit par des médias aux ordres et avides de sensationnel. Ayant, à ma grande honte, fréquenté quelques femmes dont l’ambition ultime était de décrocher un rôle récurrent dans une série genre « Sous le soleil » et qui, en attendant leur quart d’heure de gloriole, vendaient leurs physiques à des multinationales aussi soucieuses de l’image de la femme que Patrick Le Lay de l’indépendance journalistique, je puis vous affirmer qu’il y a du boulot avant de débarrasser nos murs et nos écrans de ces images dégradantes. Car outre le fait que le pouvoir politique ne touchera bien évidemment pas aux intérêts de ses amis de la pub, faire comprendre à nos « mannequins-comédiennes » (oui, c’est ainsi qu’on les appelle, alors qu’elles ne sont ni l’une ni l’autre, plus le monde du travail te traite comme une merde plus il fait ronfler l’intitulé du poste, n’est-ce pas M. Kouchner…), leur faire comprendre, donc, qu’elles trahissent leurs semblables se montre beaucoup plus difficile que de les emmener au théâtre, c’est dire ! (Oui, la mannequin-comédienne voudrait devenir simple comédienne mais le théâtre, tu comprends, c’est chiant, tu fais tous les soirs la même chose avec les mêmes collègues et puis faut apprendre un texte super long et puis on est hyper mal assis alors que le cinéma… Ah, le cinéma… Mais je vous l’ai dit, la plupart sont humbles : « Sous le soleil », ça ira très bien…)
Alors, amis citoyens, on s’attaque vraiment à la gangrène ou on va se faire vacciner contre la grippe A ?…

La deuxième partie de ton post parle évidemment d’un sujet qui m’est cher, comme tu sais. Et je ne peux qu’abonder dans ton sens. Quant à la première, en revanche, ta vision de l’écriture bloguesque me paraît un brin restrictive. Tu la dis non littéraire, hors-jeu, comme hors du champ du Verbe — que tu soignes « à côté ». Sur le plan formel, c’est sûr qu’il y a des différences entre le langage proustien et le langage skyrockien, si je puis dire, mais au plan narratif, on peut tout à fait utiliser le second pour enrichir un récit, jouer sur les « voix ». Encore faut-il parvenir à en faire quelque chose, de ce langage « a-littéraire ». Ce qui n’est pas évident du tout. Tout matériau se travaille. Par ailleurs il existe des blogs tout à fait littéraires (où l’on sent une écriture, si tu préfères). Voilà, l’ami, happy words to you.
Nicolaï, je te réponds un peu tard, désolé, j’ai été très OQP ces derniers temps – t’as vu, je sais parler SMS aussi !
Je te suis dans ton analyse, qui revient à dire que « qui peut le plus peut le moins ». Effectivement, le langage bloguesque, en général moins travaillé que le romanesque, peut tout à fait trouver sa place dans un travail littéraire, Hyrok le prouve à sa manière. Maintenant, peut-être ai-je fait une généralité de mon cas personnel mais un paragraphe de roman me demande infiniment plus de temps, d’implication, de travail qu’un article sur mon blog. Et cela est dû, je le répète, à la volatilité du matériau, de l’attention du lecteur, aux contraintes du genre en bref. Après, il faut comparer ce qui est comparable et la finalité d’un blog me semble tellement éloignée de celle d’un roman que le sujet s’épuise rapidement.